Égalité filles garçons petite enfance : arrêtons de masculiniser les petites filles
L’égalité filles garçons petite enfance commence par une question simple : et si on leur laissait le droit d’être des enfants ?
Il y a quelques semaines, lors d’une de nos formations pour les professionnels de la petite enfance, une maman nous a confié, un peu gênée : “On n’ose même plus acheter du rose, on a peur du regard des autres.” Une maman qui a peur d’habiller sa fille en rose, voilà où nous en sommes aujourd’hui.
Le rose et le bleu : et si on remettait les choses à leur place ?
Commençons par un fait qui surprend toujours. Le code couleur rose pour les filles et bleu pour les garçons n’a absolument rien d’universel, ni d’ancestral.
À l’époque moderne, dans les territoires de la Chrétienté, le bleu était la couleur des filles. C’était en effet la couleur de la Vierge Marie. Le rose pâle pour les filles et le bleu ciel pour les garçons s’imposent seulement à la fin du XIXe siècle. Cette tendance apparaît d’abord dans les familles bourgeoises, puis gagne du terrain entre les deux guerres grâce au marketing naissant. Vous pouvez d’ailleurs approfondir cette évolution historique sur le site de Savoirs ENS.
Pour les jouets genrés, nous retrouvons exactement la même histoire. Moins de 2 % des jouets s’adressaient explicitement aux garçons ou aux filles dans les années 1970. C’est durant les décennies suivantes, avec la montée des produits dérivés du cinéma et l’essor du capitalisme de masse, que la commercialisation genrée explose véritablement.
La raison de cette évolution reste simple, et elle n’a rien à voir avec le bien-être de vos enfants. La division des jouets par genre constitue avant tout une opération marketing. Ainsi, elle encourage les parents à consommer deux fois plus.
Voilà la vérité. Le marché a construit de toutes pièces, dans le seul but de vendre, ce qu’on vous présente aujourd’hui comme une évidence culturelle naturelle et immuable.
Agir pour l’égalité filles garçons petite enfance sans créer de nouveaux enfermements
Il faut dire les choses clairement : oui, la société a accompli des progrès immenses. Oui, il était, et il reste, essentiel de montrer aux petites filles que tous les métiers leur sont ouverts. Il est capital de leur expliquer que le langage peut et doit évoluer, et qu’elles peuvent aspirer à tout ce qu’elles souhaitent. Cependant, quelque chose s’est dérégulé dans notre approche de l’égalité filles garçons petite enfance.
Dans cette course à l’égalité à tout prix, on a glissé vers quelque chose d’étrange. On a commencé à masculiniser les petites filles au lieu de simplement les libérer. Comme si être une fille pleinement, c’est-à-dire aimer le rose, les robes ou les poupées, était désormais suspect. Comme si la féminité elle-même devenait le problème.
Pendant ce temps, on oublie un élément essentiel. Les petits garçons, eux, n’ont toujours pas le droit de jouer à la poupée sans que cela fasse jaser. Ils n’ont toujours pas le droit de s’habiller en rose. En effet, au fond de nous, subsiste encore cette vieille peur. Celle qu’un garçon qui aime les choses douces devienne… quoi, exactement ? Nous sommes en 2026, et cette crainte est toujours présente. C’est un constat vertigineux. On a donc réussi l’exploit de créer de nouvelles injonctions en voulant défaire les anciennes.
Ces petites filles qui doivent se battre pour être elles-mêmes
Nous le voyons au quotidien, dans notre accompagnement des familles. Il y a ces petites filles qui adorent les robes, le rose ou la danse. Elles sentent pourtant peser sur elles un regard légèrement déçu. Comme si elles manquaient d’ambition ou de modernité. Comme si aimer ce qui est doux s’apparentait à une forme de régression.
Par ailleurs, il y a celles qui rejettent tout cela. Elles agissent ainsi non pas par envie profonde, mais parce que la pression ambiante leur dicte que c’est mieux ainsi. Que le rose caractérise les filles qui ne pensent pas par elles-mêmes. Dans les deux cas, ce ne sont pas des enfants libres. Ce sont des enfants qui portent le poids de nos débats d’adultes. La vraie liberté ne consiste pas à remplacer une case par une autre. Elle demande de supprimer les cases.
Et si on revenait à l’essentiel pour nos enfants ?
Ce que nous observons dans nos accompagnements, c’est que le premier besoin des familles aujourd’hui n’est pas de savoir quel jouet acheter. Il s’agit avant tout de retrouver du temps avec leurs enfants. Des parents épuisés, des agendas surchargés ou des écrans qui comblent les vides créent une distance. Au milieu de tout cela, les enfants réclament surtout une chose : qu’on soit là, vraiment là pour nourrir le lien.
Alors permettez-nous de déplacer le débat. Plutôt que de se demander si la cuisine en plastique est trop genrée, posons-nous d’autres questions. Est-ce qu’on mange encore ensemble ? Est-ce qu’on leur apprend à mettre les mains dans la terre pour s’ancrer dans le réel ? Est-ce qu’on prend le temps de s’ennuyer avec eux, cet ennui fertile d’où naît la créativité ? Est-ce qu’on leur transmet des valeurs du cœur, celles qui résistent au temps et aux tendances ?
Peut-être que si on consommait moins, on aurait moins besoin de se demander si ce qu’on achète est genré ou non. De plus, si on leur proposait davantage d’expériences, comme la nature, la cuisine ou le jeu libre, on cesserait d’instrumentaliser leurs goûts. Leurs préférences ne doivent pas servir de terrain pour nos débats idéologiques.
Les clés de l’égalité filles garçons petite enfance au quotidien
Nous croyons profondément à l’égalité filles garçons petite enfance. Nous y travaillons chaque jour, depuis plus de dix ans, auprès des familles et à travers nos interventions en crèche.
Cependant, l’égalité ne se construit pas en effaçant ce que les enfants sont. Elle demande de leur garantir les mêmes droits, les mêmes libertés et les mêmes possibilités de choix. Il faut les accompagner selon leurs besoins, leurs envies et leur sensibilité propre.
Une petite fille qui aime le rose n’attend pas qu’on la sauve. Un petit garçon qui aime la poupée ne mérite pas qu’on le juge. Ils ont besoin qu’on leur fasse confiance. Ils ont besoin qu’on arrête, enfin, de faire d’eux les porte-étendards de nos combats d’adultes. Le monde a de vrais défis à relever, et nos enfants aussi. Donnons-leur les outils pour y faire face, sans leur imposer le poids de nos peurs.






