« Arrêtons de déconstruire » nos petits garçons

Éducation des garçons

« Arrêtons de déconstruire » nos petits garçons

Et si le vrai sujet se trouvait ailleurs ?

Ces derniers temps, un mot revient en boucle sur les réseaux sociaux, dans les podcasts et dans les discussions de parents : déconstruire. Plus précisément, il s’agit de déconstruire les petits garçons. On nous explique ainsi qu’il faudrait, dès le plus jeune âge, “défaire” ce que nos fils auraient intégré de façon problématique. Sauf que cette injonction pose une question assez simple.

Déconstruire quoi, exactement ?

Un garçon qui naît, c’est quoi au juste ?

La science est plutôt claire là-dessus, et elle mérite qu’on s’y arrête. Dans les premières années de vie, les filles et les garçons se développent de façon remarquablement similaire. Neurologiquement, cognitivement et émotionnellement, les différences s’avèrent minimes. Il existe bien un petit pic hormonal à la naissance, une brève variation de testostérone que les spécialistes appellent mini-puberté. Cependant, ce phénomène reste discret et passager. Ce n’est vraiment qu’à l’adolescence que les hormones entrent en jeu de façon significative et commencent à dessiner des différences plus marquées.

Quant à l’épigénétique, cette science fascinante qui étudie comment l’environnement peut influencer l’expression de nos gènes, elle est réelle et personne ne le nie. Mais soyons honnêtes : nous en sommes encore aux balbutiements. Les conclusions définitives sont loin d’être tirées.

Alors, si un tout-petit garçon n’est pas “construit” de manière problématique par sa biologie, que cherche-t-on à déconstruire au juste ?

“Déconstruire” un enfant, c’est lui dire quoi ?

Voilà la question qui fâche, et elle mérite d’être posée franchement.

Dire qu’il faut déconstruire son petit garçon, c’est implicitement dire que l’éducation qu’on lui a donnée depuis sa naissance était mauvaise. C’est lui faire porter, à 3 ou 4 ans, le poids d’un problème qu’il n’a pas créé. C’est exactement ce que l’on reproche, par ailleurs, aux stéréotypes de genre : enfermer les enfants dans des cases et leur imposer des injonctions qui ne les concernent pas.

Alors, en voulant “libérer” nos garçons, on ne risque pas, justement, de leur mettre une pression supplémentaire sur les épaules ?

Chez Les P’tits Sages, nous sommes convaincus d’une chose : les enfants ne sont pas des projets à corriger. Ils sont des personnes à accompagner, à écouter et à soutenir, selon leurs besoins propres, leurs envies et leur personnalité.

Égalité ou équité : choisissons nos mots pour l’éducation des garçons

Il y a une nuance qui nous tient à cœur, et elle est importante pour repenser l’éducation des garçons.

L’égalité stricte consiste à traiter tout le monde de façon identique. L’équité, en revanche, consiste à donner à chacun ce dont il a besoin pour avoir les mêmes chances, les mêmes droits et les mêmes possibilités de choix dans sa vie.

Nous sommes profondément convaincus que les filles et les garçons méritent la même équité. Ils doivent pouvoir grandir avec les mêmes libertés et les mêmes opportunités, sans que leur genre ne leur ferme des portes. Mais cela ne signifie pas qu’ils sont identiques, ni qu’il faut nier ce qu’ils sont. Éduquer avec équité, ce n’est pas effacer les différences. C’est s’assurer que ces différences n’engendrent jamais des inégalités de droits ou de chances.

Et si on parlait des vrais sujets ?

Pendant qu’on débat de la “déconstruction” des tout-petits, certaines questions urgentes n’obtiennent pas l’attention qu’elles méritent :

  • Le harcèlement entre enfants, qui commence de plus en plus tôt.
  • La violence éducative ordinaire, encore trop présente et trop peu nommée.
  • L’épuisement parental, qui touche des familles entières sans que les accompagnements suffisants existent.
  • Le manque de moyens dans la petite enfance, criant, documenté, et pourtant peu priorisé.
  • La place des écrans dans la vie des enfants, et ce qu’elle dit de nos propres besoins d’adultes.

Ces sujets-là ne font peut-être pas autant de bruit. Ils sont moins faciles à résumer en un mot-clé percutant. Pourtant, ce sont eux qui façonnent réellement le quotidien des enfants et des familles.

Ce que nous croyons, nous

Nous croyons que notre rôle, en tant qu’adultes, n’est pas de tout dicter à nos enfants. Nous n’avons pas à leur imposer des valeurs emballées dans le bon papier de la tendance du moment.

Notre rôle consiste à être vigilants. Nous devons veiller aux stéréotypes que nous reproduisons sans le savoir. Il nous appartient d’être attentifs à ce que nous leur transmettons, afin de nourrir ce dont ils ont besoin pour s’épanouir pleinement. Notre rôle est aussi de leur laisser de l’espace pour être qui ils sont, et non qui nous voudrions qu’ils soient pour nous sentir de bons parents.

Enfin, notre rôle est peut-être surtout de nous poser les bonnes questions. Choisissons celles qui changent vraiment les choses plutôt que celles qui font le buzz.

Alors non, nous ne déconstruirons pas nos petits garçons. Pour réussir l’éducation des garçons, nous allons plutôt les écouter, les accompagner et leur faire confiance. C’est déjà beaucoup.

Nelly Forestier

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